Archives par catégories prose

Depuis que je suis un ange, on me trouve toutes les beautés, on me vénère, on m’aime et on prend soin de moi. Dans le calme de l’église, j’étouffe de tant d’unanimité, j’aimerais pouvoir faire peur à nouveau et montrer mon ancien visage, celui de la haine, celui de tous les crimes auxquels j’ai rêvé, celui du désespoir d’une vie chaotique. Pouvoir fissurer la pose bienveillante et se moquer des faussaires et des hypocrites… J’attends la prochaine révolution, un tremblement de terre ou un profanateur… Il y a déjà ce gamin qui vient régulièrement me faire des grimaces pendant que ces parents se recueillent plus loin… Bénis soi son impertinence.

D’après le photoblog Man with 101 names, inspiré de la photo Angelic Beauty

A la recherche de mon esprit, je photographie mon oeil, je n’y trouve que vaines pensées et goût pour la frivolité, dans l’heure grave qui m’accable, rien del’ambiance, affliction effacée , rien du cri bloqué dans mon coeur, juste un maelström de mots, peut être inutile, trop indiffèrent aux tremblements intérieurs, pensées mal maîtrisées

mais au fond de l’oeil, le sable racle sa cornée, creusant des paysages fatigués et violents,

cette douleur insensible         au vent chaleureux             et à l’indolence de l’océan apaisé.

d’après le photoblog de Ian Bramham, inspiré de la photo Sardinia 4

Je ne garde que des images sépia de notre première rencontre, ton visage enfantin devant les coquillages, tes cheveux furieusement noirs face au vent, ta manière de glisser sur le sable pour éviter d’avoir les pieds mouillés, ta voix me parvenait feutrée au creux de la petite tempête, tu t’étais inquiétée de me voir longtemps immobile, je n’étais pas évanoui ni malade mais amoureux, devant mes balbutiements idiots tu avais rougis puis souris… tu avais suggéré d’aller prendre une boisson chaude… tout en marchant vers le bar, je m’efforçais de mémoriser toutes les images de toi sur cette plage… quand je les dessinais plus tard, il me manquait toujours quelque chose dont je n’arrivais pas à me souvenir, je m’en voulais de n’avoir rien pu faire, de ne t’avoir pas laissé à ta chasse aux coquillages.

d’après le photoblogue de Line Lamarre, inspiré de la photo To collect shells

traduction anglaise:

I keep sepia picture from our first sight, your child’s face looking at shells, your deep black hairs facing the wind, your way of dancing on the sand trying to escape having wet feet, your voice coming to me slowly in the little tempest, you worry seeing me motionless to long, I wasn’t faint nor sick but fall in love, in front of my idiot’ stammering you flush and go smiling… you offer to drink a hot drink… while walking to the café, I try to remember each pictures of you on this beach… when I draw it later, it miss me always something which I can’t catch in my mind, I feel guilty not to be able to do anything, not to let you hunting shells.

On m’appelait le muet, jamais rien ne disait, mes cahiers d’écolier étaient mon seul espace de paroles, j’écrivais les pleurs qui ne sortaient pas, je dessinais les fantômes du coin de la rue, ceux qui me poursuivaient en hiver, je transcrivais mes pensées aléatoires sur ce que je ne comprenais pas, je me rêvais autre, je riais tout seul de mauvaises blagues, je cachais mes chagrins et refusais mes espoirs, on aurait dit que je savais écrire avant d’avoir appris à lire, il n’y a que l’amour que je n’ai jamais su écrire ni dire, aujourd’hui encore je le cherche à chaque phrase, je ne sais pas ce qui me manque mais cela fait mal.

inspiré du photoblog Pensées photographiques, d’après la photo Retour au travail

La photo surgit au détour d’un feuilletage, ce passé me semble lointain et improbable, pourtant d’un si violent retour à la mémoire, … exalté par un sentiment de liberté, j’avais erré en écoutant mes pas et le fil de mes pensées, libéré de ma vie et prêt à en recommencer une autre, ivre des possibles, je m’étais endormi dans ce champs, je devais m’imaginer heureux

inspiré du blog Pensées photographiques, d’après la photo Ah…Oh…Mmmm

J’ai rêvé du dernier vélo, cette nuit craquante où tout a pris fin, être le dernier des hommes et fuir dans une ville absolue, noyée d’enseignes lumineuses, creuse et sans âmes qui vivent, fuir à la recherche du moyen de fuir, de rattraper la vie, fuir à la recherche du sens de cette disparition, fuir contre le trop plein d’images et de sons qui poursuit la moindre parcelle de nos instants, fuir contre l’occupation permanente de mon cerveau par les conversations destructrices, fuir contre la destruction de mes sens, fuir pour s’enfuir loin des lieux communs de plus en plus vide, fuir l’incompréhension des âmes errantes sans conscience et trouver comme un soulagement le dernier vélo en liberté, regarder tremblant ce dernier vestige d’un passé libre.

inspiré du photoblog Strawberry Fields, d’après la photo Sans titre du 04-12-2006

Un soir de folie, j’ai gratté cette photo,

noyer mon désarroi dans la blancheur, rire de la menace des couleurs, griffer ces silhouettes qui font semblant, les formes massives s’évanouissent dans l’imprécision, les lignes droites s’arrondissent comme des volutes, le halo translucide installe un doux confort

enfin je relâche ma respiration
un jour rester calme dans cette confusion volcanique qui m’enserre.

d’après le photoblog Beaucoup d’images sur pas grand chose, inspiré de la photo White flash sees sky

Je me promène à Venise comme dans une caverne préhistorique, on dirait les traces vivantes d’un monde en train de mourir, à chaque coin de rue, je vois un masque decomédia del’arte , j’entends déclamer des poèmes tristes sur l’amour, plus loin un cortège funèbre semble saisis d’une beauté romantique, plus tard je reste longtemps à contempler unpalazio luttant de toutes ses forces contre la chute de ses lambeaux de pierre, plus fatigué je suis prêt à me jeter dans le canal quand surgit tel un djinn ce gondolier chamarré flottant dans la lumière et transportant simplement toutes les merveilles du monde,

pour ceux qui savent regarder on peut distinguer son empreinte sur certaines façades loin des rues encombrées.

 d’après les photos d’Ernest Haas, inspiré de la photo Shadow Gondolier dans la série Europe de la Color Gallery

J’accepte sans restriction le bonheur d’être là, ce désert qui est devenu ma sensuelle amie, ces frères de la soif qui m’aiment, me soutiennent et m’ont accepté comme nulle part ailleurs, je suis heureux dans l’atmosphère frénétique des transactions commerciales, je flâne dans ce foire, qui buvant le thé à la menthe, qui riant d’une nouvelle blague, qui devisant sérieusement sur la météo, qui donnant l’accolade à un nouveau venu, qui chuchotant des mots taquins à une jeune fille, qui m’arrêtant pour noter quelque chose sur mon cahier, enfin insouciant

d’après les photos d’Ernest Haas, inspiré de Camel Fair, Pushkar , Pakisthan (1972) dans la série Asia de la Color Gallery

Je ne cours pas, je danse légèrement, mon pas accélère pour arriver vite, être présent, être là, je laisse glisser mon parapluie sur la grille du parc, le tac-tac-tac-tac-tac… résonne avec mon coeur, je jubile de la rencontre à venir, mes lèvres forment et déforment les mots qui bouleversent mon cerveau, ébullition des sentiments sautillant avec ma main incontrôlée, je fends la nuit à la vitesse d’un oiseau, je rie, je chantonne, je tremble, je ne dois pas courir, je frissonne d’être dans ses bras, à l’approche du lieu de rendez-vous je me contrains à ralentir, je veux déguster chaque seconde et chaque gorgée d’air commune, il m’attend, j’entends flotter ses cheveux, comme au cinéma, je me repasse la scène à venir, un travelling subjectif où je rentre dans la cours, le bruit de mes talons claquant le sol, je passe la scène en noir&blanc, c’est plus romantique, il se tourne et je l’embrasse dans son sourire, “coupé! la scène est bonne, on la garde”. L’appareil photo à la main, je prends ce fragment de temps suspendu, cette joie calme qui nous attend.

d’après le photoblog JENRIKS24hphoetry, inspiré de la photo Sneaking